Des secrets du baume d’une momie égyptienne révélés par spectroscopie RPE.

17 décembre 2020 par equipe-pcmth [TheChamp-Sharing]
Le baume qui recouvrait les momies égyptiennes est un mélange complexe comprenant entre autres, des résines végétales, des cires animales ou végétales, des graisses, et des asphaltènes, fraction la plus stable du bitume. Ces asphaltènes, encore largement mystérieux, sont les plus difficiles à analyser par les méthodes traditionnelles de la chimie organique (GC-MS en particulier).

En analysant des prélèvements de ce baume par résonance paramagnétique électronique (RPE) sur différentes momies d’âges allant de la Basse époque à la période Ptolémaïque (7ème siècle AvJC à 30 AvJC), des chercheurs de l’équipe PCMTH ont détecté la présence de composés qui ne peuvent provenir que de la dégradation du bitume au cours du processus naturel de momification. Travail d’analyse délicat car ces composés donnent des signatures spectroscopiques proches de celles observées pour les bitumes non dégradés.

L’équipe a ensuite observé que ces produits de dégradation étaient absents du baume prélevé sur une momie du « Château-musée » de Boulogne sur Mer, et que celui-ci présentait des caractéristiques très semblables à celles du bitume que l’on trouve toujours actuellement en Judée. Résultat qui indique par ailleurs que cette momie a probablement subi une restauration avant son acquisition par le musée au début du 19ème siècle. Ces résultats sont publiés dans la revue Analytical Chemistry.

Référence

Charles E. Dutoit, Laurent Binet, Hitomi Jujii, Agnès Lattuati-Derieux, & Didier Gourier. Non-destructive analysis of mummification balms in Ancient Egypt, based on EPR of vanadyl and organic radical markers of bitumen. Anal. Chem. – Novembre 2020 https://doi.org/10.1021/acs.analchem.0c03116

Contact : Didier Gourier, Institut de recherche de chimie de Paris,

A gauche, le cercueil d’Irethorerou (période Ptolemaïque), Musée d’Art et d’Histoire, Narbonne, France (avec la permission d’Anne Chauvet [Copyright 2020]; Spectres RPE détectés en phase et en quadrature de phase de la matière noire recouvrant le fond du cercueil, montrant les porphyrines de vanadyles (VO-P), les radicaux carbonés (C0) et les complexes oxygénés de vanadyles (VO-nP) ; En bas, momie humaine (XXIe – XXVe dynastie ?) recouverte de bitume pur, Chateau-musée, Boulogne-sur-Mer, France (avec la permission de Frédérique Vincent [Copyright 2020].